Immersion en territoire grenoblois

RAPPORT D’ETONNEMENT

Sous le grand ciel bleu d’une belle journée d’automne, ce 20 octobre 2016, à Grenoble, j’ai commencé par rencontrer Emmanuel Bodinier, de l’association AEQUITAZ. Rendez-vous était pris au café de la gare. Manu m’a spontanément fait part d’un engagement humanitaire personnel lui prenant du temps en ce moment et, ce faisant, il a donné le ton de la rencontre : humilité, authenticité et…poésie. L’heure et demie fut courte pour résumer deux de ses réalisations principales, l’une concernant les jeunes décrocheurs (« Le Parlement Libre des Jeunes »), l’autre à destination des demandeurs d’emploi (« une Boussole, des Cartes, une Etoile »). De ces deux initiatives et de cette rencontre, je retiens toute l’importance de la relation qui se joue dès le début, dans la rencontre entre les gens, quels que soient leur âge ou leur statut…l’attention portée au langage et à l’attitude, sur un pied d’égalité (savoir parler de soi en toute humilité, avec ses fragilités) semble une clef du pouvoir d’agir. Je retiens également la force de la poésie dans les interventions, permettant de déplacer le curseur, déjouer les rôles et les postures, retrouver le brin d’enfance en chacun, parler des rêves et des colères, pour retrouver une place de citoyen. Je retiens aussi le droit à l’improvisation, comme source d’authenticité, d’alignement, de vérité et clef d’un cheminement profond, au rythme de chacun, d’une action cohérente en fonction des besoins et des moyens du moment.
La journée commençait donc bien et, après un parcours en tramway, j’ai rejoint, guidé par une ingénieure de la ville chargée de l’épais dossier des risques, le lieu-dit « le Forum », siège de la Métropole Grenobloise.
J’ai tout d’abord passé une heure et demie avec Bastien Dalmasso, chargé de la concertation du PLUI et plus largement de la participation citoyenne au sein de la Mission stratégie et innovation publique. Après l’imaginaire poétique développé par Manu, j’ai été tout droit plongé au cœur des arcanes hiérarchiques et des dossiers techniques de la Métropole. La passion de Bastien m’a fait découvrir le contexte très porteur du terreau grenoblois (lieu de naissance des révolutions favorisant la culture de l’innovation) qui irradie à tous les échelons de la méga structure et des politiques menées. Les expériences foisonnent (la plateforme participative, les panels citoyens, Carticipe), le service est débordé mais c’est une joyeuse convivialité et même une complicité qui se dégagent, jusque lors du déjeuner où nous rejoignent Hélène Clot de l’évaluation et Marie…. « L’équipe des gommettes » comme elle se dénomme, est loin d’être au complet mais je comprends l’importance du positionnement dans l’organigramme, du cadre et de la communication interne à maintenir pour légitimer les actions entreprises. Je suis surtout marqué, touché même, je peux le dire, par la stimulation, la motivation profonde de l’équipe rencontrée, son sens de l’engagement, y compris aux limites du bénévolat, pour toucher du doigt l’émotion vécue devant le moindre regain d’intérêt et d’action que l’usager visiblement retrouve en face d’un service public ainsi remis sur l’établi.
La journée se termine par la rencontre avec Hélène Blancard, chargée du projet « Territoire Zéro Déchet » qui me passe en revue, photos à l’appui, le déroulé des expériences de co-design menées pour repenser la gestion des déchets. Là encore une priorité nouvelle est au cœur des changements : la réponse au plus près des besoins de l’usager, quasiment sur mesure, comptant sur son expertise et son implication. L’occasion pour moi de mieux mesurer les clefs de réussite mais aussi les limites de ce genre de démarche.
Un maître mot se démarque dans mon esprit à l’issue du voyage : la bienveillance. A tous les étages, envers tous les interlocuteurs, internes et externes, elle semble être un moteur phare de l’innovation. Et si innover, c’était finalement oser sortir d’un certain confort pour tenir compte des besoins et des potentiels de chacun, du plus proche au plus éloigné, et ainsi redonner sens à la spécificité profonde du service public ?
Pierre-Emmanuel Vidal

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