Cluny – Rapport d’étonnement à deux voix

Les aventuriers de l’action publique (Pierre-Emmanuel et Martin) étaient à Cluny le 4 novembre 2016.

Une maison des services publics d’un nouveau genre intégrant un espace de co-working, une maison de santé pionnière regroupant les professionnels désireux de collaborer pour développer l’offre de santé publique en complément de l’hôpital local, une ressourcerie, une boulangerie-restaurant (cuisine bio et locale) sous forme de coopérative, un collège européen de l’innovation territoriale et des démocraties locales… le tout sur un territoire de 12 500 habitants, viennent illustrer la légitimité et l’ambition du Pays de Cluny à  demeurer un laboratoire à ciel ouvert de l’action publique d’hier, d’aujourd’hui et de demain.

Derrière ce foisonnement d’idées et de projets, des acteurs engagés nous ont accueilli chaleureusement, avec deux points communs: Ils sont nés dans les environs, y sont partis un temps pour étudier ou s’y sont parfaitement intégrés et… ils se retrouvent joyeusement le dimanche au sein de la fanfare. Un savoureux écosystème où la proximité et la force des liens qui se sont tissés vont de pair avec une motivation collective pour faire bouger les choses ensemble.

A Cluny, nous avons rencontré un mystère, celui qui préside à la rencontre entre un territoire et des hommes et donne lieu à un « laboratoire à ciel ouvert de l’action publique ». Comment expliquer en effet, les origines d’une telle dynamique ? Des éléments de sa position géographique et de sa trajectoire historique entrent certainement en ligne de compte, mais que seraient ces potentiels sans l’intervention du PFH (ou P&<#!° de Facteur Humain) ?

Par une belle journée de novembre, nous avons pu nous plonger dans le fourmillement d’initiatives du Clunisois qui, si elles ne relèvent pas toute de l’innovation publique stricto sensu, témoignent d’une vitalité certaine et de la capacité des territoires ruraux à mobiliser, souvent de manière spontanée, ces communautés inhabituelles qui sont au cœur des processus d’innovation.frise

Romain Thévenet, co-fondateur de la 27ème région et designer territorial, nous avait organisé la journée et c’est lui qui nous a accueilli dans la Maison de Service aux Publics installée dans un hôtel 18ème où il est installé dans le petit espace de co-working. Sa trajectoire témoigne bien de la rencontre, qui monte en intensité, entre les logiques de design et les enjeux territoriaux et sa présence au cœur du Clunisois est certainement un atout pour ce territoire.

C’est en recherchant une solution de garde pour ses enfants que Romain a fait la connaissance de Boris Chevrot, médiateur social à la MSP et doctorant en sociologie. Ils ont ensemble organisé une « résidence » qui visait à développer des prototypes pour les MSP, sous le patronage du SGMAP. Les expérimentations menées dans le Clunisois essaiment ainsi sur l’ensemble du territoire.

Boris nous a conduit ensuite, après quelques détours (le Quai de la Gare, un espace d’activité pour les jeunes, à énergie positive, la ressourcerie locale), au Pain sur la Table, 1ère SCIC de Saône et Loire, un restaurant bio et boulangerie, fonctionnant en circuit court et servant de savoureux repas. Ici on prend la mesure à la fois des difficultés rencontrées par des porteurs de projets face au maquis des financements – et aux incertitudes de trésorerie liés à leur mise en œuvre – mais aussi de leur ténacité dans leur volonté de développer des projets innovants, créateurs d’emplois et de solidarités nouvelles dans des territoires ruraux.

aventuriers@Cluny

 

L’après-midi, nous nous entretenons avec les deux médecins qui portent la Maison de Santé, un outil de travail mutualisé pour les professionnels de santé qui permet une prise en charge transversale des patients et libère des énergies pour mener des projets de santé publique territoriaux. Développée à l’initiative des professionnels eux-mêmes, cette association devenue Société Interprofessionnelle de Soins Ambulatoires (SISA), au-delà des soins apportés aux patients, en lien avec l’hôpital local s’implique également dans le contrat local de santé, le réseau VIF (violences intra-familiales) et, plus largement, le tissu territorial de santé.

Enfin, dans le site majestueux de l’abbaye, nous nous entretenons avec Jean-Luc Delpeuch, président de la CCC, ancien maire de Cluny, ancien directeur de l’école d’ingénieurs locale, qui nous présente à la fois les singularités d’un territoire où sont nés les GAEC, où un de Taizé siègent au conseil communautaire en expert du droit public local. Il nous présente la manière dont, en tant qu’élu communautaire, il repère les projets innovants, pertinents, et soutient les initiatives venues du territoire-même, de manière organique ou spontanée. Il nous parle, surtout, de son propre projet, qui prolonge une dynamique de 30 ans au Centre de conférences internationales de Cluny,  de Collège européen des démocraties locales et de l’innovation publique dont la première promotion est attendue –  de pied ferme ! – pour 2018.

Comment ne pas se souvenir, dans chacun des locaux visités comme au détour des rues de Cluny et des vestiges de l’abbaye, qu’ici, dans ce fond de vallée, non loin des grands axes de communication, pendant des siècles, ont coexisté avec la population, des moines au rayonnement européen. Une influence très prégnante encore entretenue, à quelques encablures, par les frères à vocation internationale et œcuménique de Taizé, d’ailleurs impliqués politiquement dans l’intercommunalité et un attrait touristique qui ne se dément pas.

Tout semble s’inscrire ici mystérieusement dans le croisement fertile entre un ancrage local et une inspiration profonde, dans une trajectoire collective faite tout à la fois d’engagement, d’esprit communautaire et collaboratif, de subversion, de désir d’ouverture et de nouveaux horizons.

Jpeg

Quelques enseignements en matière d’innovation rurale :

  • Que les territoires ruraux recèlent des potentiels sans doute mésestimés d’innovation en raison, notamment, du resserrement des espaces de sociabilité, de l’installation de néo-ruraux dynamiques et talentueux dans une grande variété de domaines, de la présence (à Cluny) d’une réserve d’ingénierie technique. Se saisir de ces potentiels est d’autant plus important que les enjeux liés à la ruralité – que ce soit en termes d’accès aux services, d’isolement ou encore de vieillissement – demandent une action publique déterminée.
  • Qu’il existe une capacité organique dans ces espaces à la construction et à la mobilisation de communautés inattendues ou inhabituelles autour d’enjeux publics
  • Que les potentiels d’un territoire ne sont rien sans des personnes capables d’établir les liens entre ces potentiels et les acteurs pertinents, et que le portage politique, s’il indispensable, peut se faire en adoptant une posture humble, à l’écoute de ce qui bruit sur le territoire.
  • Que l’innovation ne peut pas se réduire à une méthode unique et qu’elle se diffuse d’autant mieux qu’elle est ancrée dans un territoire, son histoire, sa culture et ses hommes.

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