Les Aventuriers dans le Clunisois : des acteurs au service d’un territoire

Rencontres en Clunisois : des acteurs au service d’un territoire

19 et 25 octobre 2017

Nous sommes accueillies les 19 et 25 octobre par des acteurs très investis qui ont construit en bonne intelligence collective un ensemble de structures, de lieux, de démarches à partir d’un véritable travail de terrain pour être au plus près des besoins des habitants tout en restant ouverts sur les évolutions sociales, politiques, culturelles nationales et internationales. L’héritage historique du rayonnement culturel de Cluny est souvent cité comme une richesse et un sillage dans lequel le territoire s’inscrit encore aujourd’hui : un bel équilibre entre ancrage et ouverture, passé / présent / avenir, théorie et pratique. Des disciplines (sociologie, philosophie, sciences de l’éducation…) sont mobilisées pour apporter leurs éclairages et leurs contributions au service de la vie locale d’un territoire rural de 13 000 habitants répartis sur 42 communes.

Objectif du voyage :

-Découvrir l’écosystème de ce territoire

-En comprendre la genèse, les dynamiques, les dialogues, l’originalité et les innovations !

7 rendez-vous :

-avec le président de la communauté de communes en Clunisois (Jean-Luc Delpeuch)

-avec le coordonnateur de la MSAP (Boris Chevrot)

-avec la Maison de santé

-avec le syndicat des déchets (Perrine Delsalle)

– au quai de la gare, pôle petite enfance/enfance jeunesse

-avec la SIC « Du pain sur la table »

– avec un designer de service (Romain Thévenet)

Il y a 9 ans, une question de départ pour ce territoire : comment (mieux) s’équiper de capacités d’ingénierie, d’idées nouvelles, d’innovation, pour relever les défis d’un territoire, en donnant et redonnant du sens, en abandonnant des processus archaïques, en inventant une autre façon de voir et donc…de « faire » en pensant de façon astucieuse et inventive !

Pourquoi « Innover » ?, leur a-t-on demandé…

-Pour arriver à survivre dans une immense solitude (abandon de l’Etat, désertification médicale, enjeux de mobilité…) ! Et comme un choix, cette motivation a donc été de trouver des solutions innovantes, dans une posture citoyenne, sincère, avec enthousiasme et engagement, afin de : « Réinventer une intelligence dans les territoires sur la capacité à créer de l’émulation en créant des ponts, des synergies, des passerelles nouvelles ».

Pour cela, plusieurs structures et démarches se sont construites en interaction et en synergie :

Le collège Européen

Structuré en association, il organise depuis plusieurs années une université d’été avec des jeunes de toute l’Europe. Et ça marche ! A venir, en construction, un cycle d’un Master d’un an pour ouvrir à la réalité territoriale, acquérir des méthodes de Design de service, pour un territoire Clunisois devenu un Labo, tel un « super terrain de jeu » où expérimenter ( 6 mois théoriques, 4 mois de pratique) !

La MSAP (Maison de services au public) :

Un outil précieux crée en 2012 : Partie d’un » point infos-service » elle bénéficie d’une résidence de la 27ème région en 2013 (tiens, tiens !) avec le recrutement d’un coordonnateur (Boris Chevrot) chargé de permettre de créer ces synergies et d’associer pleinement les usagers à la vie et au fonctionnement de ce lieu pour « tous ».

Elle accueille un public très varié, du SDF à la mamie qui a besoin de remplir sa feuille d’impôts. Elle cumule Relais de Service public, Service emploi, Cyber espace, point Mobilité, avec des partenaires variés qui viennent régulièrement. Ici l’accueil permet d’accompagner un « flux » divers, et chacun est polyvalent, alternant des temps de bureau et de lien direct avec le public.

La MSAP, c’est cet espace de proximité, une sorte de « généraliste » du social, un lieu ouvert sur le monde, et qui aide à trouver le bon « spécialiste ». Ce n’est pas un service social, c’est un sas, où l’on va à la rencontre des gens, pour répondre à leurs besoins, même si à priori ça n’entre pas dans les cases du social, de ceci ou de cela. S’il fallait résumer, c’est donc une porte d’entrée, qui fonctionne grâce à la confiance des gens, et à une collaboration interprofessionnelle (notamment avec les professionnels de santé, qui sont à la maison de santé). La fréquentation est en constante augmentation, peut-être bien justement parce que ce lieu vit avec les «gens » et non en direction de « bénéficiaires » !

La Maison de santé :

A l’origine, un projet de regroupement de plusieurs professionnels de santé, en partant d’une réflexion de terrain, et en partenariat avec l’hôpital local. La maison de santé ce sont des infirmiers, des sages-femmes libérales, des médecins généralistes, des kinés, des ostéos, un podologue, une diététicienne, des ateliers de coaching, de la télémédecine en dermato, avec pour intention de ne pas se limiter à une seule approche médicale mais « préventive » avec l’organisation de marches, de parcours de santé etc. Encore une porte d’entrée, dans une globalité de la personne, pour apprendre à prendre soin de soi, à se respecter et pas seulement à être soigné lorsque cela va mal. Il s’agit d’ouvrir de nouveaux espaces de paroles.

Sur le plan des synergies, des liens se tissent avec la MSAP, pour des rencontres entre médical et social. C’est très nouveau, dans une volonté de continuité, qui fonctionne grâce à la volonté de personnes, de jeunes médecins installés et ayant profondément cette envie de « faire » ensemble, plutôt que chacun dans son coin..

Le syndicat des déchets :

Le Sirtom, dont le périmètre d’intervention est de 60 communes avec 21 700 habitants, est engagé dans un projet « zéro déchets ». Les objectifs concernent à la fois la réduction des volumes de déchets et leur valorisation énergétique. Différents projets et expérimentations sont en cours en visant à mobiliser toutes les ressources locales : mettre en lien les offres, faire participer les habitants. Parmi les expérimentations et projets en cours : la mise à disposition de poules et de poulaillers (réduction de 30 % des déchets alimentaires dans les 20 foyers témoins), la reprise de consigne, un laboratoire de transformation de produits alimentaires par des demandeurs d’emplois….

Il ressort de ces rencontres une dynamique collective marquée par la recherche de l’efficacité concrète, la qualité des services publics, l’implication patiente et durable des acteurs, leurs synergies. Un territoire où les luttes de « territoires individuels » s’effacent pour laisser place à une action bien ciblée, bien portée avec une recherche d’accessibilité au plus grand nombre. Un exemple réussi de lutte contre l’exclusion et d’une réelle préoccupation de la population.

Des nuages toutefois, et une déception face au retrait de l’État : la baisse des dotations, le désengagement de certaines politiques et l’absence d’interlocuteurs avec qui conduire les projets sont devenus problématiques. Dans ce paysage en pleine évolution, nous revenons donc avec une question : quel partenaire l’État peut il être aujourd’hui pour l’action publique sur les territoires ?