Les aventuriers étaient de retour à Paris !

Le 23 novembre 2017, nos aventuriers cuvée 2017 étaient de retour pour raconter leurs périples et partager les initiatives rencontrées avec un public d’une quarantaine de curieux.

Tout comme ils ont eux-mêmes construit le programme de leurs voyages, ce sont nos valeureux agents aventuriers qui ont conçu le format de cette restitution finale organisée à Superpublic durant la Semaine de l’Innovation Publique, avec comme fil rouge thématique l’univers des voyages en train.

Accueilli par les aventuriers tout de bleu marine et de rouge vêtus, à l’instar des agents SNCF, le public a d’abord été invité à déambuler dans la petite expo installée sur les murs de Superpublic, présentant le groupe des aventuriers et les destinations visitées, illustrées par des photos ramenées de leurs expéditions. Un moment de visite libre qui a laissé le temps aux retardataires (coincés dans de véritables trains, eux !) de prendre le train en marche malgré tout, muni de leur billet-programme.

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Après un classique mot d’accueil du SGMAP, parrain de cette édition, et de La 27e Région, organisateur, place au brise-glace concocté par Émeline, Solenne et Nina. Histoire de prendre la température et de connaître un peu mieux la composition de la salle, elles ont posé une série de questions sur lesquelles les participants étaient invités à répondre oui ou non en se positionnant dans l’espace :

  • J’ai fait plus de 300 km pour venir ici
  • J’ai du mal à expliquer mon métier à ma famille
  • J’ai déjà utilisé le mot design de service
  • Je connais plus de fonctionnaires heureux que malheureux
  • Je me suis déjà perdu dans les couloirs d’une administration !
  • Je suis un éternel optimiste
  • J’adore prendre le train

Après cette courte séquence récréative mais instructive – où l’on constate que la difficulté à expliquer son métier à sa famille est un mal bien répandu et qu’être fonctionnaire ne garantit pas forcément de ne pas se perdre dans les couloirs des administrations (!) – Murielle, Florence et Grégoire ont endossé leur costume de chef de bord pour une belle invitation au voyage :

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Mesdames et messieurs bonjour, et bienvenue à bord. 

Il était écrit que ceux qui aiment l’innovation prendraient le train. C’est particulièrement vrai parce qu’entre nos déplacements, regroupements et la journée d’aujourd’hui, ça en fait des points smiles !

Avant que notre train ne s’élance, nous allons vous expliquer en 2 mots l’aventure que nous venons de partager. Le point de départ, c’est cette idée de la 27ème Région, ou plutôt, pour l’occasion, de la 27ème Compagnie, de se livrer à un recrutement de choix pour constituer des unités de choc chargées de partir à la conquête de l’innovation publique.

Le principe : invitation à une vingtaine de fonctionnaires de toutes administrations confondues  (état, hôpital, territoriale…) d’aller à la rencontre d’initiatives, dans toute la France, qui font avancer l’action publique dans le sens d’une construction + souple, + collective, + ludique aussi, peut être de + de sens tout simplement.

Notre point commun : probablement pas l’appât du gain, mais plutôt l’amour du maillot, celui du service public, avec une question partagée : d’accord j’adore mon boulot et ce qu’il représente, mais comment aller + loin en termes d’inventivité, d’imagination, de  créativité ? Bref, d’innovation ?

Nous nous sommes d’abord retrouvés une journée, ici-même, mi-septembre, pour une phase d’immersion, de constitution du groupe et de construction de nos itinéraires, en fonction de nos hobbies et nos petits plaisirs cachés : les geeks de l’innovation numérique et des smarts territoires, les alpinistes de la modernisation de la haute administration et ses sommets vertigineux, les garde-champêtres de l’innovation en milieu rural et, un peu, isolé.

Puis le train a sifflé, pas 3 fois en ce qui nous concerne, mais plus d’une vingtaine, au gré de nos destinations. Nous rentrons en gare aujourd’hui, très heureux de partager avec vous nos photos et nos idées de voyage. Et aussi, en espérant vous donner l’envie de monter dans le train. Parce qu’en ce qui nous concerne, et c’est ce qui est chouette avec les voyages c’est qu’on y prend goût, celui-ci en appelle d’autres !

La 27e Région et le SGMAP ont donc le plaisir de vous recevoir à bord du train de l’innovation publique, à destination de l’infini et de l’au-delà. Notre exploration a duré 8 semaines.

Votre temps d’exploration aujourd’hui sera de deux heures et 7 minutes. Ce train desservira les 24 destinations proposées, et s’arrêtera notamment en gare de Strasbourg, Montpellier, Cluny. Nous traverserons également la Bourgogne, la Creuse, le Calvados, l’Occitanie, sans oublier le plateau des mille vaches.

Pour votre confort, nous avons mis à votre disposition des wagons-thèmes situés autour de vous. Nous vous invitons à venir y échanger autour des notions de numérique, d’échec, de survie, de gouvernance, de méthodes, de culture et de compétences. Durant ce voyage, nos 21 routards sont à votre disposition. L’idée, c’est de partager notre expérience avec vous, d’échanger sur des interrogations que vous pourriez avoir ou encore de poser des questions. Nous vous donnons un billet de train pour ce voyage. Vous choisissez les destinations thématiques qui vous intéressent – ça peut être une ou plusieurs -, vous vous installez et ensuite vous disposez de 15mn par wagon.

Après, nous vous invitons à noter sur des post-its des extraits de votre carnet de voyage, à savoir les réflexions ou les interrogations qui vous sont apparues au cours des échanges. Cela nous permettra de finir le voyage avec votre regard.

Bon voyage à vous et merci de votre participation !


Vous l’avez compris : nos aventuriers ont souhaité faire la part belle aux échanges plutôt que de céder à la tentation de l’exhaustivité. Sans se placer en experts de l’innovation, ils ont proposé aux participants de participer à des conversations croisées, thématisées et tournantes. Répartis par tables et par petits groupes avec à chaque fois un ou deux aventuriers chargés d’ouvrir le bal en racontant une ou deux anecdotes issues de son voyage en lien avec la thématique de la table, ils ont pu débattre ensemble des nouveaux enjeux de la transformation de l’action publique. Petit aperçu des sujets abordés :

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  • L’innovation peut-elle se passer du numérique?

Tout le monde convient assez facilement que l’innovation ne peut être uniquement technologique, même si le numérique fournit de nouveaux outils, qui peuvent par exemple servir à libérer du temps aux agents et leur permettre de se concentrer sur leur coeur de métier ou faciliter la remontée d’informations ou d’idées. La Gendarmerie Nationale utilise les outils numériques pour surmonter la fragmentation de ses effectifs, et estime que seulement 30% des remontées du terrain concernent des innovations technologiques.

Mais comment faire pour que les questions d’outils et de techniques ne prennent pas toute la place au détriment du sens, de la vision, des valeurs ? Est-ce qu’il n’y a pas un risque de confusion entre innovation publique et innovation numérique, qui nous amènerait à laisser de côté de nombreuses avancées non technologiques mais tout autant porteuses d’amélioration du service public ? Comment garder l’humain au coeur de nos préoccupations ? L’accompagnement au numérique, une nouvelle mission de service public pour ne laisser personne de côté ? Sur ces sujets, les acteurs privés sont nombreux et hyperactifs, l’acteur public a parfois du mal à suivre. Comment garder la main ? Quelles coopérations vertueuses entre acteurs privés et publics pour construire la ville innovante et numérique de demain ? Quelle légitimité/rôle pour l’intervention publique ?

  • L’innovation doit-elle réussir ?

Au Tuba, à Lyon, l’équipe raconte avoir testé 3 stratégies successives pour cet espace, après 2 échecs. Tout un chacun doit apprendre de ses échecs et savoir rebondir, la mauvaise idée d’aujourd’hui peut être le succès de demain, mais comment faire dans une culture du service public qui prône l’excellence et peine à prendre des risques ? Se planter oui, mais au stade du test, pour éviter les plantages trop lourds et coûteux ! Cela pose également la question de l’évaluation : faut-il cantonner la réussite aux résultats tangibles ou l’élargir à d’autres critères moins visibles ? Par exemple, le plaisir pris à faire un projet peut-il être considéré comme un indicateur de réussite ? Dans quelle mesure ? Plus que l’innovation en tant que telle, c’est peut être l’état d’esprit qui l’anime qui doit réussir, pour créer un véritable changement culturel.

  • Innover pour survivre ?

La survie d’une organisation dépend-elle de sa capacité à innover, donc à s’adapter aux contraintes et/ou aux besoins des usagers ? Dans le secteur privé, l’innovation est parfois nécessaire pour maintenir un avantage concurrentiel, et donc survivre; qu’en est-il dans le secteur public, par définition moins soumis à la concurrence (quoique …) ? Aujourd’hui, l’innovation n’est-elle pas nécessaire avant tout pour continuer à offrir des services publics de qualité, malgré les restrictions budgétaires ? De la Gendarmerie nationale à l’offensive des acteurs clunisois face au retrait de l’Etat (financements, interlocuteurs, dispositifs …), les exemples ne manquent pas d’innovation “en mode survie”.

  • L’innovation est-elle une méthode ?

Le risque de la méthode unique et très cadrée, c’est de devenir une simple couche nouvelle de bureaucratie, qui va tuer l’innovation dans l’oeuf. Les outils de créativité sont de plus en plus faciles d’accès, mais attention au risque de fétichisation ou de créativité gadget. On a plutôt envie de parler d’état d’esprit, d’agilité, d’astuce pour agir aux interstices, en bref de cultiver un état d’esprit apte à provoquer le changement, qui oublie pour un temps les grades, les fonctions et permet à chacun de s’investir pour essayer de trouver de nouvelles solutions. Un état d’esprit qui valorise l’intelligence collective et qui utilise les outils de créativité pour embarquer les participants vers d’autres modes de faire et de penser.

  • Innover c’est changer de culture ?

La réussite de l’innovation se mesure lorsque son état d’esprit infuse l’ensemble des projets d’une administration, ce qui implique une dimension culturelle forte. Pour rendre cet état d’esprit “habituel”,il faut s’inscrire dans un temps long, en multipliant les points de contact… À Bercy par exemple, l’équipe du Bercy Lab a mis en place des correspondants innovation pour infuser la culture dans les Directions. Parfois, il est nécessaire de trouver un ancrage pour arrimer le changement de culture, c’est ce que montre par exemple l’émergence et la multiplication des labos dans les collectivités, comme en région PACA par exemple.

  • Y a-t-il un pilote dans l’avion de l’innovation ?

Faut-il institutionnaliser l’innovation en nommant des pilotes ? Est-ce qu’on ne risque pas de perdre la substance même de l’innovation qui est l’ingéniosité, la souplesse, l’autonomie ? Comment être un pilote ingénieux et souple mais qui ne lâche rien ? Si la proximité avec la hiérarchie d’un service en charge de l’innovation joue sur la réussite du projet quand ce service doit travailler en transversalité d’autres services, l’innovation implique souvent de bousculer les hiérarchies, notamment les directeurs et le management intermédiaire, souvent les plus réticents. En dehors des grosses machines administratives et de leurs jeux de pouvoirs – avec différentes stratégies, du DGS “coach” à celui qui impose l’innovation à ses directeurs – comment fait-on coopérer des modèles d’organisation différents (grosses collectivités et collectifs d’habitants par exemple) ? Quelles règles et quels objectifs se donne-t-on ?

  • Quel(s) fonctionnaire(s) pour l’innovation ?

Après une vingtaine de rencontres, force est de constater que le répertoire classique des métiers de la fonction publique est assez pauvre face à la diversité des métiers rencontrés sur le terrain : designers, agilistes, concierges, médiateur, ergonomes… Quelle place leur donner ? Faut-il créer des postes de designers au sein des administrations par exemple ? Au delà des disciplines, comment éviter une innovation qui resterait sur un piédestal et serait réservée aux cadres ? Comment s’assurer que tout le monde puisse participer, des catégories A à C ?

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Ces quelques lignes ne sauraient transmettre la richesse des échanges de cette matinée foisonnante, mais voilà déjà quelques points de repères au sein de toutes ces démarches et individus rencontrés qui, chacun-e à leur échelle, tâche de contribuer à inventer une action publique plus en phase avec la société dans laquelle elle s’inscrit. À prolonger bien évidemment par la lecture approfondie du journal de bord de nos aventuriers, qui se sont promis de se retrouver l’année prochaine, histoire de garder le contact et de voir ensemble si les petites graines semées par ces voyages ont pris racine chez eux, et de quelle façon.

Pour aller plus loin :

> Retrouvez sur le blog ou sur youtube les 13 interviews vidéo réalisées par nos aventuriers https://www.youtube.com/playlist?list=PLwKTQ-eVH0MsZyuZd0cbHEK2VVeUr_9uY

> Retrouvez également l’article de la Gazette des Communes publié à cette occasion : http://www.lagazettedescommunes.com/537341/les-aventuriers-de-linnovation-publique-sont-de-retour/